ETHIQUE & ROBOTIQUE

Dans les profondeurs des réseaux d’assainissement ou au cœur des usines de traitement des déchets, Julie fait avancer la science avec des machines pas comme les autres. Des robots capables d’évoluer dans des environnements dangereux, pour inspecter et collecter des données ou effectuer des tâches pénibles et répétitives. Pour cette experte en robotique, chaque projet commence toujours par la même question : à quoi, et à qui, cela va-t-il vraiment servir ?

Julie n’a pas grandi entourée de robots. « Je les ai découverts plus tard, à travers mes études », explique-t-elle. Mais la science, elle, l’a attirée dès l’enfance. Petite, elle rêvait déjà… d’inventer de nouveaux fruits et légumes. « Il y avait déjà ce côté invention, sans savoir encore ce qu’il y avait vraiment derrière ! » Au collège puis au lycée, la physique et les mathématiques s’imposent naturellement. « J’aimais leur logique. » Après un bac scientifique et des classes préparatoires, Julie intègre une école d’ingénieurs généraliste à Toulouse, où les cas d’application de la théorie enseignée s’inspirent principalement du domaine aéronautique. Le véritable déclic se produit au Canada.

La robotique doit d'abord servir à renforcer la sécurité de nos opérateurs.
Julie

Montréal, le déclic robotique

En dernière année, Julie part étudier à Montréal. Là-bas, elle choisit ses enseignements et découvre la robotique. « Ça a tout de suite matché. » Elle se passionne pour ce domaine pluridisciplinaire, concret, en perpétuelle évolution. Elle décroche ensuite un stage sur un projet d’assistance aux personnes lourdement handicapées : un bras robotisé fixé à un fauteuil roulant pour rendre les patients plus autonomes. « La robotique devenait un service direct à la personne. Ça donnait beaucoup de sens à mon travail. »

De la recherche à l'impact industriel

Julie enchaîne avec une thèse, puis s’envole pour le Japon afin de mettre en application ses travaux en robotique collaborative, contrôle-commande et détection d’intention, sur l’un des premiers robots humanoïdes avancés. Elle poursuit ensuite pendant quinze ans au CEA – le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives – au sein de la direction de la recherche technologique. Elle y travaille à la croisée de la robotique, de l’industrie et de l’humain.

 

« J’ai vu énormément d’usines, de métiers, d’environnements très différents. » De la salle blanche aux toits de gare, du nucléaire à l’aéronautique, elle accompagne les industriels dans l’adaptation de technologies de pointe. Une expérience extrêmement formatrice, mais qui éveille peu à peu une autre aspiration. « À un moment, j’ai éprouvé le besoin de m’investir pleinement dans une seule entreprise, et surtout dans un domaine en phase avec les enjeux de la société actuelle, comme la transition environnementale. »

Rejoindre SUEZ pour développer l'immense potentiel de la robotique

Il y a trois ans, Julie fait le choix de SUEZ. Une évidence. « Je ne voulais pas faire de la robotique uniquement pour produire toujours plus. Je voulais qu’elle serve les enjeux environnementaux et sociétaux. » À son arrivée, la robotique existe déjà, notamment dans les activités des réseaux d’assainissement et les centres de tri des déchets, mais le potentiel est immense. Sa mission au sein du LyRE, l’un des centres de recherche et d’innovation du Groupe : structurer, développer et élargir les usages des robots à l’ensemble des métiers de SUEZ.


Parmi les projets qu’elle initie et pilote, le robot chien attire immédiatement l’attention : un quadrupède capable d’explorer les réseaux d’assainissement permettant d’accéder à des milieux inaccessibles à l’homme et de remplacer les interventions humaines dans des environnements à risque. « La robotique doit d’abord servir à renforcer la sécurité de nos opérateurs. Par exemple dans les réseaux où peuvent être présents des gaz comme l’hydrogène sulfuré. » Le robot, lui, peut parcourir automatiquement les couloirs des réseaux, franchir des obstacles, évoluer dans l’eau et collecter les données nécessaires à la gestion patrimoniale du réseau. « Le format du chien quadrupède s’est imposé pour son agilité et sa capacité à s’adapter à l’environnement très variable des réseaux d’assainissement. » Un projet pleinement aligné avec deux priorités clés du Groupe : la Santé Sécurité et la performance opérationnelle.


Vers des chaînes de démontage de DEEE automatisées et robotisées

Autre chantier stratégique : le démantèlement des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), le flux de déchets qui croît le plus rapidement dans le monde. « On n’a tout simplement pas aujourd’hui la capacité de traiter ces volumes. » Ces déchets sont à la fois dangereux (batteries, condensateurs, fluides) et riches en matériaux critiques. L’enjeu : automatiser et robotiser certaines étapes essentielles pour améliorer la sécurité des opérateurs et la compétitivité des filières. « L’idée, c’est de créer une véritable méthodologie de démantèlement : savoir quand et comment démonter finement pour réutiliser, et quand recycler plus rapidement. Pour cela, il faut mettre en place de véritables chaînes de démontage comme il existe des chaînes de montage dans le secteur automobile. »

"Demain, on se demandera comment on faisait avant" 

À la tête d’une petite équipe de 4 personnes, Julie travaille en lien étroit avec les exploitants. « Ce sont eux qui ont la clé. Un robot développé sans eux ne sert à rien. » Tests sur site, échanges continus, ajustements : la robotique se coconstruit. « J’ai même vu un exploitant repousser ses vacances pour assister à des essais ! Ça montre leur engagement, mais aussi leurs attentes. »

Pour Julie, la robotique n’a pas vocation à remplacer les femmes et les hommes, mais à les soustraire aux situations les plus dangereuses. Certains gestes très exposés ou pénibles évolueront progressivement et transformeront les métiers en profondeur, à tel point que « demain, on se demandera comment on faisait avant. » 

 

Sa projection la plus futuriste ? Concevoir un robot capable de se faufiler dans des espaces très confinés tels que les canalisations d’eau potable. Un défi technologique majeur, qui pourrait trouver sa réponse dans la robotique molle, un domaine encore émergent. Inspirée du vivant, cette approche repose sur des matériaux souples et déformables, capables d’épouser des formes complexes, de se plier, de se contracter, là où les robots rigides atteignent leurs limites. « Tout est encore à inventer », reconnaît Julie. « Mais si l’on parvient à intervenir directement à l’intérieur des réseaux, l’impact environnemental et économique sera considérable : moins de travaux, moins de pertes d’eau, moins de nuisances. » Une vision ambitieuse et visionnaire, conjuguant innovation scientifique et transition écologique.

 

Enfin, lorsqu’on évoque les récits de science-fiction et les robots qui pourraient se rebeller, Julie ramène immédiatement le sujet sur le terrain du réel. Pour elle, la robotique reste un outil pleinement maîtrisé par l’homme. En revanche, le principal danger reste l’erreur ou la mauvaise intention humaine « Les robots n’ont pas et ne prennent pas conscience. Même si la technologie permettrait d’aller très vite, nous faisons le choix de prendre le temps nécessaire : celui de garantir la sécurité, la fiabilité et une maîtrise totale de leurs actions. » Une vision claire et assumée : une robotique éthique, pensée non comme une fin en soi, mais comme un levier au service de l’humain.

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