pharmacien à contre-courant

Spécialiste de l’évaluation des risques sanitaires au CIRSEE, le centre de recherche international de SUEZ, Jérôme a un métier que peu de gens soupçonnent. Pourtant, il touche à quelque chose d’essentiel, au cœur de notre quotidien : la qualité de l’eau. Rencontre avec un pharmacien qui a tracé sa propre voie, loin des officines.

Au départ, il y a un parcours qui surprend. Jérôme est pharmacien, six années d’études à la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, aujourd’hui rattachée à l’université Paris-Saclay. Mais non, son quotidien ne consiste pas à gérer des ordonnances. Quand il rejoint le CIRSEE en 2015, il nous raconte que certains de ses collègues lui ont demandé, intrigués : « Mais c’est bizarre, tu es pharmacien, que fais-tu ici ? »

Les études de pharmacie, ce sont en réalité un concentré de chimie, de biologie, de toxicologie, de physico-chimie. Un professeur le formulait ainsi : « Le pharmacien, c’est peu le polytechnicien de la santé.»

Mon rôle, c’est de rendre la science utile pour ceux qui veillent chaque jour à la qualité de l’eau
Jérôme

Jérôme a fait sienne cette idée. Ce bagage scientifique large, il l’applique aujourd’hui à l’eau. Et il en est convaincu : « Au quotidien, j’utilise bien plus mes compétences de pharmacien que certains de mes collègues dans les industries du médicament. » Ce qui l’a orienté vers ce chemin ? Un enseignant dont les cours de santé publique et d’hydrologie ont été déterminants. Une rencontre décisive, qui a mené Jérôme à faire ses stages au CIRSEE puis à l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire), avant de travailler deux ans dans le laboratoire de ce même professeur. Ensuite, le CIRSEE lui a ouvert ses portes, et il y est resté.

Enquêteur au cœur de l’eau

« Je me vois un peu comme un enquêteur », dit Jérôme avec une pointe d’amusement. Au CIRSEE, il rejoint une équipe spécialisée dans la compréhension de la qualité de l’eau. Son quotidien s’articule autour de deux grandes missions qui se répondent et se renforcent. D’un côté, la recherche, pour faire évoluer les méthodes d’évaluation des risques sanitaires. De l’autre, l’assistance technique, pour transposer cette connaissance en actions concrètes sur le terrain. « Mon rôle, c’est de rendre la science utile pour ceux qui veillent chaque jour à la qualité de l’eau », confie-t-il.

Concrètement, son travail permet de caractériser les traces de pollutions et microbes dans l’eau, et aider à déterminer si les traitements en place sont bien dimensionnés, ou s’il faut ajuster le dosage et la technologie. « Il ne s’agit pas seulement de mesurer, mais de comprendre et d’anticiper », indique-t-il, soulignant la dimension stratégique de son expertise.

L’objectif reste constant : garantir la qualité de l’eau au robinet, quelles que soient les conditions. Trouver le bon niveau de traitement pour chaque contexte local, c’est un équilibre subtil entre sécurité et durabilité. Chaque décision repose sur des données scientifiques solides, que Jérôme contribue à rassembler. « On cherche toujours le meilleur compromis, celui qui protège la santé publique tout en optimisant le traitement », explique-t-il.

Quand la science se partage, elle grandit

Au-delà de la recherche et de l’appui technique, une dimension compte énormément pour lui : le rayonnement scientifique. Car son travail consiste aussi à diffuser largement les connaissances : rédiger des publications en partenariat avec des universitaires, présenter des résultats dans des congrès nationaux et internationaux, et contribuer à faire reconnaître les méthodes élaborées au sein de SUEZ.

« Partager nos avancées, les confronter à celles des autres, les rendre visibles : c’est indispensable. Plus nos méthodes sont connues, plus elles bénéficient au secteur tout entier.» 

Une révolution analytique en marche

Quand on lui demande comment il voit sa discipline évoluer dans les années à venir, Jérôme pense avant tout aux progrès fulgurants des techniques d’analyse. Il constate une véritable révolution analytique ces vingt dernières années, qui continue : les méthodes de biologie moléculaire pour la microbiologie environnementale, ou encore l’analyse chimique non ciblée, qui permet d’obtenir en une seule passe une vision la plus exhaustive possible des micropolluants d’un échantillon. Des avancées qui, selon lui, « rebattent complètement les cartes » de l’évaluation des risques. Sur l’intelligence artificielle, il reste mesuré : prometteuse, oui, mais à condition de s’appuyer sur des données bien construites. « L’IA, c’est un peu la cerise sur le gâteau, une fois qu’on a tout bien fait précédemment. »

La science au service de l’eau, et de la planète

DAprès dix ans au CIRSEE, ce qui anime encore Jérôme chaque jour, c’est quelque chose de simple : le sens. « Les études de pharmacie sont des études qui ne ferment pas de portes, au contraire, elles en ouvrent beaucoup, pas seulement pour être pharmacien de ville. »

Pour ceux qui hésitent à s’orienter vers les métiers de l’environnement, son argument est direct : « Dans nos métiers de l’environnement, on ne se demande pas pourquoi on se lève le matin. On sait qu’on contribue à quelque chose qui compte : la qualité de l’eau, la santé des populations, la préservation des ressources. »

Dans un monde où la quête de sens guide de plus en plus les choix de carrière, Jérôme incarne une voie possible : celle d’un scientifique qui a choisi de mettre son expertise au service de ce qui est essentiel.

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