Experte en la MATIÈRE 

Enquêtrice des canalisations et passionnée de polymères, Jennifer transforme la science des matériaux en solutions concrètes pour préserver la qualité de l'eau potable. 

Quand Jennifer raconte son parcours universitaire et scientifique, elle évoque un moment fondateur : un cours sur les polymères – ces matériaux plastiques omniprésents dans notre quotidien – qu’elle vivait presque comme un loisir créatif plutôt que de la chimie pure : « Les polymères, ce sont une infinité de molécules constituées d’atomes et de liaisons. Ce cours, j’y allais pour m’amuser, c’était un vrai plaisir ! », dit-elle en riant. À partir de là, la chimie des matériaux devient pour elle un terrain de jeu infini. Ce plaisir intact pour la matière — au sens littéral — guide depuis plus de quinze ans son expertise au sein du CIRSEE, le centre de recherche de SUEZ, où elle met la science au service d’un enjeu vital : la durabilité et la sécurité des réseaux d’eau potable.

Un tuyau, ce n’est pas seulement un tuyau ou une pièce de réseau, c'est toute une science qu'il y a derrière.
Jennifer

Un mélange d’enquêtes et de science des matériaux

Attirée très tôt par la physique, la chimie et la biologie, Jennifer choisit naturellement un parcours scientifique et s’oriente vers une licence de physique‑chimie, puis un master 1 et 2 en biomatériaux à l’université de Villetaneuse (93). Elle étudie alors l’univers des matériaux utilisés dans le corps humain comme les prothèses, implants, appareils dentaires. C’est dans ce cadre qu’elle découvre les polymères. Cette révélation marque le début d'une passion scientifique qui ne s'est jamais démentie : « Les polymères sont restés mon fil rouge tout au long de mon cursus, de mon parcours, et encore maintenant. »

Jennifer rejoint ensuite SUEZ pour y réaliser sa thèse sur la dégradation des membranes de filtration d’eau. Elle plonge dans un domaine qu’elle ne connaissait pas : le traitement de l’eau, ses enjeux sanitaires, ses applications industrielles. Et elle y trouve immédiatement du sens. « C’était hyper appliqué. On travaillait dans le domaine de l’eau potable, … Je savais que ma recherche aurait une utilité directe. »


Aujourd’hui, Jennifer dirige une équipe spécialisée dans la gestion patrimoniale des réseaux d’eau potable. Son travail ? Un mélange d'enquêtes et de science des matériaux appliqué à une gestion plus globale des réseaux. « Quand un exploitant a une fuite sur une canalisation, il nous appelle au secours : expliquez-moi ce qui s'est passé. », décrit-elle.  « Nous réalisons de véritables diagnostics des réseaux en labo pour connaître l’origine des fuite». Tout est passé au crible : analyse chimique pour évaluer l'état de santé du plastique, tests mécaniques, diagnostic des causes de dégradation. Le processus est méticuleux : « On mixe à la fois les données de qualité d'eau, d'exploitation et l'analyse physico-chimique de la canalisation pour voir dans quel état elle est. On analyse vraiment le matériau sous toutes ses coutures. » Grâce à cette expertise, Jennifer peut déterminer si la dégradation est d'origine chimique, mécanique, ou si la fuite provient d'une cause extérieure. Mais son travail ne s'arrête pas au diagnostic.

De la « boule de cristal » scientifique aux outils prédictifs

« Je torture les polymères pour les pousser dans leurs retranchements et comprendre leurs limites », résume Jennifer. Au CIRSEE, des pilotes de vieillissement permettent de faire vieillir de façon accélérée les matériaux pour en comprendre les mécanismes. Cette recherche fondamentale nourrit ensuite des modèles physico-chimiques et statistiques intégrés dans des outils digitaux. « C'est une sorte de boule de cristal », plaisante-t-elle, avant de préciser : « du prédictif, pour avoir la capacité d'anticiper les dégradations. »

Ces outils permettent aux gestionnaires de réseaux d'identifier en priorité ce qu'il faut renouveler, avec quoi renouveler ou encore ajuster les conditions d’exploitation pour ralentir la dégradation. « Avoir des matériaux qui durent le plus longtemps possible, ce sont des réseaux plus robustes, qui fuient moins. Ainsi on protège l'eau distribuée », explique Jennifer. La science des matériaux devient ainsi un levier direct pour préserver la ressource en eau et garantir sa qualité sanitaire.

Une passion intacte pour la matière

Après une quinzaine d’années chez SUEZ, Jennifer reste fascinée par la diversité des matériaux qu’elle étudie. Un compteur d’eau, par exemple, peut contenir une multitude de pièces polymères qui interagissent entre elles et avec l’eau. « Il n’y a jamais un seul matériau, chaque combinaison est unique. Et puis le domaine des matériaux plastiques est très dynamique. La plateforme existe depuis 20 ans et on qualifie toujours de nouvelles matières. J'en apprends tous les jours. »

Curiosité, persévérance et humilité guident son approche de la science. « On vit dans un monde d’immédiateté, mais la science demande du temps. Il faut accepter de refaire, d’apprendre de ses erreurs. » Et le travail d’équipe est pour elle essentiel : « Faire de la science enfermée sur soi-même, ça n’a pas de sens. »

Transmettre et partager la science

Jennifer ne s’est jamais censurée en tant que femme dans ce domaine scientifique et très technique. Seule fille de sa 1ère année de licence sur une vingtaine d'étudiants, elle n'a pourtant jamais perçu son genre comme un frein. « Il ne faut pas avoir peur mais suivre ce qu'on a envie de faire. Si ça nous plaît, homme, femme, domaine masculin ou pas, il ne faut pas se mettre de barrières ! » Au CIRSEE, l'équilibre hommes-femmes est d'ailleurs remarquable, autant sur les postes de techniciens que d’ingénieurs.

Son ambition pour les années à venir ? Rendre accessible toute cette expertise : « Savoir qu’un tuyau, ce n’est pas seulement un tuyau ou une pièce de réseau, c'est toute une science qu'il y a derrière. » Vulgariser pour mieux transmettre, partager le savoir pour que les exploitants, les directions techniques et les directions des achats poursuivent pleinement l’intégration de cette dimension scientifique dans leurs décisions.

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