Climat

L’une des clés de la neutralité carbone est dans les champs

L’agriculture est au cœur du défi climatique. Les sols agricoles mondiaux stockent une partie du gaz carbonique de la planète… et pourraient en stocker beaucoup plus demain si des techniques agronomiques comme l’agroforesterie ou l’agroécologie étaient massivement déployées.

Le rôle des arbres dans la captation du gaz carbonique sur la planète est bien connu de tous. Celui joué par les autres végétaux dans la rétention du carbone dans les sols l’est moins : 30% du CO2 est récupéré chaque année par les plantes, qui lorsqu’elles se décomposent, retournent au sol sous forme de matière organique et contribuent à l’enrichir en carbone. On estime ainsi que les sols mondiaux contiennent 2 à 3 fois plus de carbone que l’atmosphère1.

C’est pourquoi l’agroécologie, l’agroforesterie ou encore la gestion des paysages doivent participer à la lutte contre le changement climatique. Pour l’initiative internationale « 4 pour 1000 », lancée par la France à l’occasion de la COP21, « préserver le carbone organique des sols, restaurer et améliorer les sols agricoles dégradés et, d’une manière générale, augmenter le carbone dans les sols sont des enjeux majeurs pour relever le triple défi de la sécurité alimentaire, de l’adaptation des systèmes agricoles et forestiers des populations aux dérèglements climatiques et de l’atténuation des émissions d’origine anthropique. »

Pour augmenter la capacité des sols à stocker le carbone, plusieurs pratiques peuvent être encouragées à travers le monde : enrichir la terre en matière organique avec du fumier ou du compost, éviter la déperdition de carbone en couvrant les sols (avec de la paille par exemple), planter des végétaux - arbres, haies… - ayant une bonne capacité à stocker le carbone. 570 millions de fermes dans le monde et plus de 3 milliards de personnes vivant en zones rurales pourraient y contribuer2.

Le label bas-carbone en France vise à accélérer la transition bas-carbone des territoires en certifiant et en finançant des projets de réduction de gaz à effet de serre dans tous les secteurs d’activités dont l’agriculture. 87 projets ont à date été labellisés. « L’ensemble des agriculteurs doit s’engager dans le label bas-carbone, en augmentant la matière organique des sols par des techniques agronomiques qu’ils maîtrisent parfaitement et qu’ils souhaitent par ailleurs, on le voit régulièrement, promouvoir.En élevage ou en culture végétale, il est possible d’utiliser l’agroforesterie en plantant des haies qui favorisent aussi la biodiversité, ou en valorisant les effluents d’élevage au travers des prairies permanentes ou de la méthanisation qui réduit l’utilisation d’engrais chimiques. Les exploitations doivent être accompagnées financièrement dans leurs projets certifiés label bas-carbone. Il faut mieux rémunérer les agriculteurs pour ces ‘externalités positives’ », a expliqué l’ancien ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, au cours d’une table-ronde organisée par le Think Tank Food & Planet le 29 avril dernier.

Les services environnementaux rendus par les agriculteurs, sources de revenus pour les exploitations



Les agriculteurs ont de nombreux rôles à jouer à la fois pour nourrir la planète, protéger la biodiversité et la nature au sens large, et aider à relever le défi du changement climatique en augmentant la capacité des sols à stocker le carbone. Planter des arbres et des haies sur des terres agricoles a en effet un impact positif sur la quantité de CO2 stockée, mais c’est aussi un moyen de mieux stocker l’eau, de favoriser la diversité des espèces végétales et animales et de protéger les sols et paysages. Ce faisant les agriculteurs fournissent des services dits « environnementaux » pour lesquels ils peuvent être rémunérés. Ce sont les Paiement pour services environnementaux (PSE).

Pour Pierre Achard, Directeur Smart Agriculture France chez SUEZ, « L’agriculture c’est 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et une des premières victimes du changement climatique, mais c’est surtout la première intéressée à la protection des ressources et du vivant ». Selon lui, les solutions digitales peuvent aider, en plus des techniques agronomiques, à réussir la transition environnementale et alimentaire (nourrir 2 milliards d’individus supplémentaires) dans un continuum économique.

SUEZ a d’ailleurs annoncé un partenariat avec deux entreprises françaises, Agdatahub, Orange Business Services, pour développer des solutions innovantes basées sur des technologies et des objets connectés autour de la captation et de la mesure de carbone, la qualité de l’eau ou les émissions de gaz dans l’élevage par exemples. Ces solutions permettront notamment aux agriculteurs de bénéficier de dispositifs comme les Paiements pour Services Environnementaux.

1 et 2 : www.4p1000.org/fr

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