Climat

A la stratégie des petits pas doit succéder celle des pas de géants

par Jean-Louis Chaussade, Directeur Général de SUEZ

Contenir le réchauffement climatique en deçà des 2 ° s’avère un objectif difficile à atteindre, qui de surcroît pourrait ne pas suffire : ce sont les conclusions du dernier Rapport du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) et le sens de l’« Avertissement à l’humanité » lancé par 15 000 scientifiques il y a un mois aux pouvoirs publics. Les Etats ont été invités à rehausser leurs engagements tandis que la mobilisation de la société civile se poursuit : 2138 entreprises, dont SUEZ, ont pris des engagements pour le climat. Près de 7 500 villes et collectivités locales, dont de grandes métropoles mondiales (C40), représentant 1 habitant sur 12 et 25 % du PIB mondial, mettent en oeuvre des solutions concrètes contre le réchauffement climatique.
Mais l’heure n’est pas aux satisfecit. Il y a urgence à accélérer. En faisant le choix de l’économie circulaire qui rend possible un modèle de croissance moins consommateur de ressources naturelles et moins émetteur de CO2. De grands groupes dans différents secteurs tels que la construction, l’énergie, les télécoms, les services, l’automobile mais aussi des collectivités en France et à l’international adoptent des solutions concrètes pour faire de leurs déchets les nouvelles matières premières secondaires. Il faut se doter des moyens et des instruments qui permettront de déployer ces solutions à plus grande échelle.
Accélérons ! En donnant dès aujourd’hui autant d’importance aux efforts d’adaptation que d’atténuation. Les conséquences du réchauffement climatique sur la disponibilité en eau pour 9 milliards d’habitants en 2050 sont vertigineuses si l’on veut bien considérer que l’eau est essentielle à l’industrie et l’agriculture, donc à l’alimentation et la santé des populations. C’est dans cet esprit que nous avons créé l’Alliance des Entreprises pour l’Eau et le Climat en 2015. Elle compte aujourd’hui 65 organisations fédérées autour d’engagements de mesure et de réduction de leur empreinte eau. Elle doit progresser encore.
Accélérons ! Une approche multi acteurs est indispensable pour passer d’une stratégie de petits pas vers une stratégie de pas de géants. C’est avec les villes, les industriels, les start-ups et les institutions que nous relèverons tous ensemble ce défi. Avec également la mobilisation pleine et entière des acteurs de la finance. C’est l’ensemble de l’investissement mondial qui doit être positif pour le climat : continuer à financer des projets sur les seuls critères économiques n’est pas en ligne avec la trajectoire 2 ° ; leur impact social et climatique doit être de mieux en mieux pris en compte. Dans les pays émergents par exemple, les déchets seront responsables de 8 à 10 % des émissions globales en 2025 si l’on ne fait rien ; or les solutions de captage du biogaz des décharges existent ; elles mériteraient d’être financées à l’aune de leur capacité à faire éviter des émissions de GES. Pour ce faire, et dès lors qu’elles doivent servir de base au financement, les mesures des émissions doivent être plus stabilisées qu’aujourd’hui. Or, ni l’unité de mesure ni les scenarii de référence ne font consensus.
L’Accord de Paris a donné le cadre de la trajectoire 2 ° : ce sont les marchés qui ont aujourd’hui besoin des signaux nécessaires à court, moyen et long terme pour que s’accélère la transition bas-carbone. La robustesse des mesures, la crédibilité du prix carbone tout comme une meilleure prise en compte de la performance climat des entreprises sont les plus significatifs.